RICHESSE ET PATRIMOINE MAROCAINS

Aïcha la Contessa : Légende marocaine d’une femme entre Orient et Occident

28/3/2025

Une figure féminine mystérieuse du patrimoine oral marocain

Aïcha la Contessa est une figure légendaire profondément ancrée dans le patrimoine oral marocain. Peu connue dans les livres d’histoire, elle demeure pourtant présente dans les récits populaires, les contes transmis de génération en génération et les traditions féminines du Maroc. Aïcha la Contessa incarne une femme entre deux mondes : l’Orient et l’Occident, la sagesse et le mystère, le réel et le mythe.

Une femme au cœur du métissage culturel

Le nom même d’Aïcha la Contessa évoque une double appartenance. Aïcha, prénom arabe courant au Maroc, et Contessa, mot italien pour « comtesse ». Cette association intrigue : s’agit-il d’une femme d’origine européenne installée au Maroc ? D’une noble convertie à l’islam ? Ou bien d’une Marocaine surnommée « la Contessa » pour son charisme et son élégance ?

Quelle que soit son origine, cette figure incarne un métissage culturel fascinant entre traditions marocaines et influences méditerranéennes (Italie, Espagne, Andalousie...).

Aïcha la Contessa : guérisseuse, conseillère, femme libre

Dans de nombreux récits, Aïcha la Contessa est décrite comme une guérisseuse, une femme de savoir et une protectrice des femmes. Elle aurait utilisé les plantes médicinales, les rituels traditionnels et la parole pour soigner, conseiller et accompagner les femmes dans les étapes de leur vie : amour, maternité, protection, deuil.

Ses qualités spirituelles et sa connaissance des traditions ancestrales font d’elle une figure centrale dans certaines pratiques culturelles féminines, notamment dans les zones rurales et montagneuses.

À ne pas confondre avec Aïa Kandisha : entre histoire et légende noire

Il est fréquent que l’on confonde Aïcha la Contessa avec Aïa Kandisha, autre figure puissante du folklore marocain. Pourtant, leurs origines et leurs rôles symboliques sont très différents.

Aïcha Kandisha est parfois décrite comme une femme résistante du XVe siècle, surnommée par les Portugais « Aïcha Contessa » pour sa noblesse et son courage. Elle aurait combattu aux côtés des troupes marocaines pour venger sa famille, tuée par les colons. Cette interprétation lui donne une dimension héroïque et historique.

Mais dans la mémoire populaire, elle est davantage considérée comme une créature surnaturelle. Proche des djinns, elle prend la forme d’une femme d’une beauté fatale, souvent dotée de pattes de chèvre ou de chameau. On dit qu’elle habite près des marais ou des sources, et qu’elle séduit les hommes pour ensuite les rendre fous ou les détruire.

Elle est également connue sous d’autres noms régionaux : Lalla Aïcha, Aïcha Moulat Lmerja (la dame des marécages), Aïcha la Soudanaise, ou encore Aïcha Kenaouia.

En comparaison, Aïcha la Contessa incarne une figure plus humaine, bienveillante et sage, ancrée dans les traditions féminines de soin, de guérison et de résistance douce.

Une mémoire féminine silencieuse mais vivante

Comme beaucoup de femmes puissantes dans la culture marocaine, Aïcha la Contessa a été effacée des récits historiques officiels. Pourtant, sa mémoire subsiste à travers :

  • Les contes transmis dans certaines régions du Maroc
  • Les invocations lors de rituels féminins
  • Les récits des anciens, surtout dans le Nord et le Sud du pays

Elle fait partie de ces femmes qui n’ont pas laissé de traces écrites, mais dont l’impact se ressent encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif marocain.

Pourquoi redécouvrir Aïa la Contessa aujourd’hui ?

À une époque où le Maroc s’interroge sur ses racines, sa mémoire, et ses figures oubliées, redécouvrir Aïcha la Contessa, c’est célébrer la richesse de notre culture populaire, et donner une voix aux femmes de l’histoire orale. C’est aussi un acte de transmission, de revalorisation et de reconnexion à notre identité plurielle.

Auteur
Photo de profil du docteur Zahra Boughroudi

Zahra Boughroudi

Docteur en langues et communication et titulaire d'un master en tourisme et communication. J’ai eu l’occasion de développer l’expertise dans le domaine de la communication touristique. J’ai mené des recherches en ingénierie touristique et en développement du tourisme culturel.